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Interview Dr PAILLER de la F.F.H

F.S : Vous avez donc suivi une formation spécialisée dans le handicap ?
Dr P. :
Cette spécialité est peu connue y compris dans le monde médical. Nous sommes 1200 en France. Jusqu’à récemment, dans la plupart des CHU il n'y avait aucune heure de cours sur le handicap et un médecin terminait ses études de médecine sans en avoir jamais entendu parler. Cela a changé depuis quelques années, une nouvelle refonte des études médicales propose une formation spécifique sur le handicap. Découvrant cette spécialité, on peut espérer que certains jeunes la choisiront. La médecine, et le monde de la santé en général, a de nombreux problèmes, notamment démographiques. On sait que depuis quelques années il n’y a pas assez d’infirmières, de médecins et que certaines spécialités médicales sont sinistrées : il n’y a plus assez d’anesthésistes, de gynécologues, etc. Mais il y a également un manque de rééducateurs. Parallèlement à ce déficit, le nombre de personnes handicapées est en augmentation, du fait d'accidents du travail, de la circulation… Les progrès médicaux sauvent la vie de personnes au prix de séquelles. En outre, la société prend de plus en plus en compte le monde handicapé, même si beaucoup reste à faire. Il y a donc un paradoxe entre des besoins qui augmentent et un déficit médical pour s’en occuper.

F.S : Quels sont les types de handicap que vous rencontrez le plus au sein de la fédération ?
Dr P. :
Parmi les handicaps fréquents il y a celui par lequel le sport a commencé en France comme dans les autres pays occidentaux : les lésions de la moëlle épinière des paraplégiques et tétraplégiques. Mais, il y a aussi les infirmes moteurs cérébraux (IMC), les amputés, des personnes avec des séquelles de poliomyélite, et les handicapés visuels. Et puis, il y a des sportifs avec des séquelles articulaires, avec des paralysies périphériques d’un ou plusieurs membres, d'autres qui ont des maladies orphelines, des maladies rares. La population des licenciés est très diverse.

F.S : Depuis que vous êtes médecin à la F.F.H avez-vous constaté une augmentation du nombre de sportifs handisport ?
Dr P. :
Effectivement, en vingt ans le nombre des licenciés s'est multiplié par trois.

F.S : Comment l’expliquez-vous ? S’occupe-t-on plus de la cause des personnes handicapées ?
Dr P. :
Il y a plusieurs raisons. Nous avons parlé de la meilleure prise en compte des personnes handicapées par la société. La médiatisation du Handisport s'est aussi améliorée et moins d'handicapés ignorent les possibilités sportives. Les comportements des handicapés ont changé : ils vont à la plage, au cinéma, au restaurant, etc. Il y a changement à la fois dans la mentalité des personnes handicapées elles-mêmes et dans la société qui les accepte mieux. En ce qui concerne la médiatisation, ce sont bien sûr les grandes performances qui sont montrées. Elles ne sont pas représentatives du sport pour handicapés, pas plus que ne le sont les matches de football télévisés par rapport à la pratique des deux millions de français licenciés en football. Mais, à travers les images de handicapés qui font du sport de haute compétition, d'autres personnes handicapées sont séduites.

F.S : Peut-on parler de bienfaits du sport sur un sujet handicapé ?
Dr P. :
C’est certain. C’est même ce qui attire des médecins de rééducation à travailler avec nous. Les bienfaits, comme chez les valides, aboutissent à un mieux être pour le sportif. Il y a les bienfaits physiques : par exemple avoir une bonne musculature des épaules quand on est paralysé des membres inférieurs permet de mieux se déplacer en fauteuil roulant ou avec des cannes anglaises. Etre en meilleure forme physique rend plus performant dans la vie, notamment professionnelle. Le handicap peut facilement conduire à une sédentarité excessive et l’activité physique et sportive lutte contre les méfaits de cette sédentarité avec des actions directes sur certaines fonctions, intestinales, urinaires, etc. On peut parler aussi de l’acquisition de savoir-faire. Aujourd’hui, quasiment tous les enfants apprennent à nager, y compris les handicapés.
Il y a également des bienfaits psychologiques qui ont été mesuré. Ceux qui ont une activité physique ont une meilleure image d’eux-mêmes, une estime de soi supérieure. Pour faire du sport, il faut sortir, se montrer, il faut s’accepter et accepter de se montrer aux autres. Les soucis des autres relativisent éventuellement les siens. L'ego de celui qui est sélectionné international ou de celui qui est ovationné dans un gymnase ou un stade par de nombreux spectateurs est nettement valorisé.
Ces aspects bénéfiques directs, physiques ou psychologiques, se concrétisent à travers une amélioration considérable de l’autonomie. Si l'on compare deux consultants, aux pathologies identiques, leur besoin d'aide sera très différent : il faudra aider le non-sportif à se déshabiller, à se transférer sur la table d'examen, tandis que le sportif le fera tout seul. Pour pratiquer, le sportif doit sortir de chez lui pour aller s’entraîner, prendre les transports en commun ou conduire – et pour conduire, il faut passer un permis spécial -. Si on est dans une équipe et que l’on fait un match tous les dimanches, il va falloir prendre le train ou l’avion pour y aller… Il n’y a pas autant de valides pour s’occuper de vous que dans un hôpital ou dans un centre de rééducation. La nécessité impose d'apprendre à se débrouiller par soi-même. Les vestiaires ne sont pas toujours parfaitement accessibles, de même pour les douches. Même chose pour l’hôtel, etc. On est confronté aux difficultés, et on vainct des obstacles en permanence. Un pongiste de haut niveau, qui est tétraplégique, a la passion de la plongée. Il part tout seul, aux quatre coins du monde, pour satisfaire cette passion. Il y a une quinzaine d’années, Handisport avait participé à deux Paris-Dakar avec un tétraplégique polio et un quadruple amputé. C'est parce qu’ils étaient sportifs qu'ils ont eu cette idée de participer au Dakar et qu'ils ont réussi.


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