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Interview Dr PAILLER de la F.F.H

F.S : Ils ont eu envie de relever des défi ?
Dr P. :
C’est exactement ça, mais pas relever n’importe quel défi ni n’importe comment. Leur attitude est de ne rien juger a priori comme impossible avant de l'analyser ou de l'essayer, mais, en cas d'échec de ne pas insister. Par exemple, j’ai vécu l'expérience de sportifs en fauteuil devant un escalator : l'un a dit « tiens, on essaye » et tous ont suivi. Dans le domaine de l’autonomie, le sport est incomparable pour développer un maximum de possibilités. On le constate à travers l’activité professionnelle : toutes nos enquêtes nous montrent qu'environ 50% de nos licenciés travaillent. Ce chiffre est bien supérieur à celui de la population handicapée moyenne. Il s'agit d'un contexte global : on travaille, on fait du sport, on a une vie de famille …

F.S : Pour obtenir ces bienfaits, faut-il pratiquer très régulièrement ou une pratique en tant que loisir est suffisante?
Dr P. :
Une pratique de loisir, mais régulière suffit, et elle concerne l’immense majorité des gens. Il y a 20 000 personnes qui pratiquent un sport avec Handisport, tandis que ceux que l’on peut considérer comme sportif de haut niveau ne sont qu’environ 200. Cette proportion est faible, comme chez les valides.

F.S : Comment ça se passe, est-ce que les personne handicapées viennent vous voir et vous disent qu’elles voudraient faire un sport ? Est-ce que vous les conseiller ?
Dr P. :
Du point de vue du médecin de rééducation, ce serait intéressant d'orienter un patient vers une activité qui l'aiderait à mieux compenser ses déficiences. Au point de départ historique du sport pour handicapés, c’est le monde médical qui l'a utilisé comme un moyen de rééducation, parmi d’autres. Chez un patient en fauteuil, la pratique du basket apprend à bien l’utiliser. Pour améliorer la coordination de tel autre, le tennis de table ou le tir à l’arc, ont un intérêt thérapeutique. En pratique, l'orientation est rarement médicale, c'est plutôt l'envie du sujet qui prime, ainsi que les possibilités locales. Lorsqu’on les interroge, l’immense majorité des sportifs handicapés disent que ce sont des amis qui les ont amené au sport. Il serait souhaitable que dans toutes les structures de rééducation, on initie les patients à plusieurs activités pour leur montrer leurs possibilités. Ensuite, ils auront plein d’autres problèmes à régler : le travail, la famille, le logement, etc. C'est après que pour certains, arrivera le moment où ils auront envie de pratiquer un sport. Pour cela, il faut souvent trois à quatre ans.

F.S : Quels conseils donnez-vous à un sujet handicapé souhaitant faire du sport ? Quelles sont les contre-indications ?
Dr P. :
Le sujet handicapé qui veut faire du sport doit demander conseil à son médecin. Celui-ci éliminera une contre-indication. Il n’y a pas réellement de contre indications absolues. Bien sûr, ce qui est une contre-indication pour un valide, l'est pour une personne handicapée, par exemple un problème ORL pour la plongée sous-marine. En revanche, il existe des contre-indications temporaires : un blessé de la moëlle épinière qui a une escarre, ne doit pas faire de sport si ce sport met en charge l’escarre, par exemple un paraplégique basketteur avec une escarre sacrée ne devra pas jouer tant qu’elle n’est pas guérie. Mais, le même avec une ulcération d'orteil qui lancerait le poids pourrait continuer à pratiquer. Classiquement, un certain nombre de pathologies sont incompatibles avec des efforts et ce pourrait être des contre-indications définitives. C’est le cas des myopathies ou de la sclérose en plaques. En fait, on n’a jamais rencontré une myopathie ou une sclérose en plaque qui se serait aggravée par une pratique sportive. Alors, on refusera de donner le feu vert à une personne avec sclérose pour la pratique intensive d'un sport à haute demande énergétique tandis qu'on lui ouvrira les activités physiques modérées ou un sport sans effort physique important. Ainsi, de nombreux myopathes font du foot en fauteuil électrique ou du tir aux armes avec un support qui tient l’arme. Ils n’ont plus qu’à appuyer sur la gâchette, ce qui reste un effort mais tout à fait accessible pour la majorité d’entre eux.

F.S : Y a-t-il une limite d’âge ?
Dr P. :
A priori on peut pratiquer un sport à tout âge. Il faut quand même émettre des réserves, car pour certains enfants handicapés, le simple fait d’être assis peut être nuisible à l’évolution d’une scoliose, par exemple. Il s’agit là d'une limitation temporaire. Une autre limitation posée pour préserver le capital articulaire pourra être levée après la confection et le port d'un appareil protecteur comme une orthèse de membre inférieur ou un corset. Pour les jeunes, il n’y a pas encore de catégories d’âge comme elles existent pour les sportifs des autres fédérations : cadets, minimes, poussins, etc. Ils ne sont pas assez nombreux dans chaque catégorie de handicap. Au cas par cas, on tranche pour dire si tel ou tel jeune peut participer avec des adultes à une activité donnée avec un certain niveau d'intensité. Pour les personnes âgées, le problème ne s’était pas posé jusqu’à présent. Mais certains pratiquent maintenant depuis trente ou quarante ans et nous allons être amené à établir des règlements pour codifier ces pratiques. Le vieillissement de l’appareil cardio-vasculaire ou encore celui de l’appareil locomoteur peut, en fonction des activités sportives, exiger l’établissement de barrières.

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